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dimanche 1 novembre 2026
Mali : La résurgence des dynamiques de fragmentation Sécuritaire
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Défense et Sécurité

Mali : La résurgence des dynamiques de fragmentation Sécuritaire

Le 25 avril 2026, le Mali a connu une nouvelle fissure dans son dispositif sécuritaire, marquée par des attaques coordonnées, la remise en cause du contrôle territorial de la junte et le retour présumé d’alliances anciennes, faisant planer une ombre de déstabilisation sur l’ensemble de la région sahélienne. De ce fait, assistons nous à une nouvelle étape dans la dynamique de la crise sécuritaire sahélienne, plus précisément au Mali ?

Aimée Ndui2 mai 2026

Mali : aux racines d’une crise sécuritaire persistante

Pour comprendre cette situation il convient de revenir aux origines de la crise malienne. En effet, depuis on indépendance, le Mali est confronté à une instabilité récurrente dans sa partie septentrionale, marquée par des rébellions touarègues revendiquant une plus grande autonomie, voire l’indépendance de l’Azawad. Ces mouvements s’inscrivent dans un sentiment profond de marginalisation politique et économique nourri par les populations du Nord à l’égard du pouvoir central de Bamako. Au fil des années, cette contestation territoriale s’est complexifiée avec l’implantation progressive de groupes djihadistes dans l’espace sahélien. Tirant parti de la fragilité de l’État, de l’immensité du territoire désertique et de la porosité des frontières, ces organisations ont étendu leur influence, mêlant stratégies locales et projet idéologique fondé sur l’application de la charia et le rejet de l’ordre étatique. L’année 2012 constituera alors un tournant majeur. La chute du régime de Mouammar Kadhafi en Libye entraîne un afflux massif d’armes et le retour de combattants aguerris dans la région, accélérant la déstabilisation du Mali. Une double dynamique se met accessoirement en place : d’un côté, les groupes indépendantistes touaregs, notamment le MNLA ; de l’autre, des organisations djihadistes telles qu’Aqmi, Ansar Dine ou encore le JNIM. Malgré des objectifs distincts, ces acteurs ont ponctuellement convergé dans leurs actions à certains moments contrairement à l'idée d'une alliance inédite actuellement véhiculée dans les médias. Les attaques récentes soulèvent plusieurs interrogations majeures. Elles questionnent d’abord l’efficacité réelle de l’armée malienne et du soutien russe, alors même que le pouvoir affirmait avoir repris le contrôle du pays. Elles montrent ensuite que les groupes armés conservent une capacité importante d’organisation et de frappe simultanée.

Une alliance enracinée dans l’histoire du conflit

Le 30 mars 2012, Kidal, ville du nord-est du Mali, devenait la première capitale d’une région du septentrion à tomber entre les mains d’une nouvelle rébellion.

L’alliance entre groupes indépendantistes touaregs et organisations djihadistes s’inscrit à vrai dire dans une continuité historique plutôt que dans une rupture. Lors de la crise de 2012-2013, le Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA) avait déjà noué des liens avec des groupes djihadistes tels qu’Aqmi et Ansar Dine afin de chasser les forces maliennes du nord du pays. Cette coopération, bien que reposant sur des objectifs différents, traduisait une logique d’opportunité face à un adversaire commun. Si les indépendantistes poursuivaient un projet territorial, les groupes djihadistes, eux, cherchaient à imposer un ordre idéologique fondé sur la charia. Malgré ces divergences, les deux camps avaient su coordonner leurs actions sur le terrain, profitant de la faiblesse de l’État malien pour s’emparer de plusieurs villes stratégiques. Toutefois, cette alliance s’était rapidement déséquilibrée, les groupes djihadistes prenant progressivement l’ascendant sur leurs anciens partenaires.

C’est dans ce contexte de basculement sécuritaire que la France intervient en 2013 avec l’opération Serval. Déclenchée pour stopper la progression des groupes armés vers le sud du pays et empêcher la chute de Bamako, cette intervention militaire permet de reprendre rapidement les principales villes occupées au nord, notamment Gao, Tombouctou et Kidal. L’opération marque un tournant décisif en brisant l’élan des groupes djihadistes et en rétablissant temporairement l’intégrité territoriale du Mali. Cependant, si l’intervention militaire a permis de neutraliser la menace immédiate, elle n’a pas réglé les causes profondes du conflit. L’État malien reste fragile, peu présent dans certaines régions et confronté à des défis structurels persistants, ouvrant la voie à une résurgence progressive des groupes armés dans les années suivantes.

Aujourd’hui, une nouvelle dynamique inquiète particulièrement : l’alliance entre les indépendantistes touaregs et les groupes djihadistes islamistes. Sur le plan idéologique, tout semble pourtant les opposer. Les premiers poursuivent un objectif territorial : l’indépendance de l’Azawad, vaste région du nord du Mali. Les seconds défendent un projet religieux et politique fondé sur l’instauration de la charia. Et ce qui change aujourd’hui, c’est surtout l’officialisation publique de cette coopération.

Mais surtout des interrogations persistent quant aux conséquences de ce type d’alliances sur l’évolution de la situation sécuritaire. L’une des principales inquiétudes réside dans le risque d’une mutualisation accrue des capacités opérationnelles entre groupes armés, ce qui pourrait renforcer significativement leur efficacité sur le terrain. En s’appuyant sur l’expérience de formations aguerries comme Al Mourabitoune, certains acteurs du conflit pourraient ainsi bénéficier d’un savoir-faire éprouvé en matière de tactiques de combat et d’actions asymétriques. Ce transfert de compétences pourrait notamment profiter à des groupes tels que Katiba Macina, en particulier dans des domaines sensibles comme la fabrication d’engins explosifs improvisés. Une telle convergence opérationnelle, si elle venait à se renforcer, risquerait de modifier en profondeur l’équilibre des forces sur le terrain et de complexifier davantage la réponse sécuritaire des États de la région.

la fragilité des alliances face aux réalités du terrain à Kidal

Un autre élément central dans l’évolution récente de la situation sécuritaire au Mali concerne la solidité de l’alliance entre la junte et la Russie, qui semble aujourd’hui s’éroder sous la pression des réalités du terrain. Sur le terrain, les informations faisant état d’un affrontement prolongé à Kidal et d’un retrait des forces russes face à des groupes numériquement supérieurs soulignent les difficultés opérationnelles rencontrées par le dispositif militaire russe. Malgré la présence de plusieurs milliers de soldats de l’Afrikakorps, les capacités de projection et de maintien du contrôle dans les zones de combat apparaissent limitées face à la mobilité et à l’adaptation des groupes armés. Cette situation met en évidence un décalage croissant entre les objectifs affichés de stabilisation et les réalités du terrain, où les rapports de force restent instables et évolutifs. La situation à Kidal apparaît particulièrement symbolique. Cette ville, reconquise en 2023 par l’armée malienne avec l’appui russe après plus de dix ans de contrôle par les mouvements liés à l’Azawad, représentait un succès politique majeur pour la junte dirigée par le colonel Assimi Goïta. Elle incarnait la volonté de restaurer l’intégrité territoriale du Mali après le retrait des forces françaises et de la mission onusienne. Pourtant, les récents développements autour de cette zone montrent la fragilité de ces acquis militaires, confrontés à la résilience persistante des groupes armés et à la difficulté de transformer une victoire tactique en contrôle durable.

En somme, les derniers développements confirment moins une rupture qu’une fragilisation progressive du dispositif sécuritaire malien. Les difficultés rencontrées à Kidal et les limites de l’appui russe montrent que les équilibres construits ces dernières années restent instables et fortement dépendants des rapports de force locaux. Loin d’apporter une stabilisation décisive, les alliances actuelles apparaissent exposées aux revers du terrain et à la capacité d’adaptation des groupes armés. Dans ce contexte, la crise malienne continue d’évoluer par ajustements successifs plutôt que par solution durable, laissant persister une forte incertitude sur l’issue du conflit.

Mali crise sécuritaire fragilisation des alliances et recomposition du conflit au Sahel