IraN:La chute du Régime iranien?
Le 28 février 2026, Donald Trump a affirmé que le guide suprême iranien, Ali Khamenei, aurait été tué lors d’une attaque conjointe des États-Unis et d’Israël. Cette déclaration a rapidement provoqué de fortes réactions diplomatiques et médiatiques à l’international. Cependant, elle soulève également une question majeure : la disparition d’une figure centrale du régime entraînerait-elle automatiquement l’effondrement de l’État iranien ?
Khamenei, one of the most evil people in History, is dead. This is the single greatest chance for the Iranian people to take back their Country. ( Donald TRUMP)

Tout d’abord, le système politique iranien ne repose pas uniquement sur une personnalisation du pouvoir. En effet, depuis la révolution de 1979, l’Iran s’est structuré autour d’un modèle théocratique institutionnalisé, articulé autour du principe du velayat-e faqih (gouvernement du juriste-théologien). Il est indéniable que le Guide suprême occupe une position centrale, mais il s’inscrit dans un ensemble institutionnel solide comprenant le Conseil des gardiens, l’Assemblée des experts et surtout le Corps des Gardiens de la Révolution islamique (IRGC), acteur militaire, sécuritaire et économique majeur. En ce sens, le régime repose davantage sur une architecture idéologique et sécuritaire que sur un leadership purement individuel.

En cas de disparition du Guide suprême, un mécanisme constitutionnel de substitution est prévu : l’Assemblée des experts, organe religieux élu, est chargée de désigner son successeur. En théorie, la transition est donc juridiquement encadrée. En pratique, elle serait profondément influencée par les rapports de force internes, notamment par le Corps des Gardiens de la Révolution islamique (IRGC), qui constitue aujourd’hui l’épine dorsale sécuritaire, militaire et économique du régime.
Sur cette base, une substitution du pouvoir pourrait suivre plusieurs scénarios. Le premier serait celui d’une continuité idéologique stricte, avec la nomination d’une figure issue du courant conservateur dominant, garantissant la stabilité du régime et la préservation de ses orientations stratégiques. Le second scénario serait celui d’un compromis interne entre factions, aboutissant à l’émergence d’une figure plus pragmatique, susceptible d’adopter un ton diplomatique plus modéré sans remettre en cause les fondements structurels du système. Enfin, un troisième scénario, moins probable mais envisageable, serait celui d’un renforcement du rôle des acteurs sécuritaires, conduisant à une militarisation accrue du pouvoir, dans laquelle l’IRGC exercerait une influence déterminante sur le leadership formel. Il convient également de souligner que la légitimité du régime ne repose pas uniquement sur la personne du Guide suprême, mais sur un appareil idéologique et institutionnel consolidé depuis plus de quatre décennies.
Par ailleurs, ces tensions doivent être replacées dans un contexte historique plus large. La rupture entre l’Iran et les États-Unis s’est cristallisée en 1979 avec la révolution islamique et la crise des otages. Avant cela, Washington soutenait le régime du Shah pour des raisons stratégiques liées à l’équilibre régional et à la guerre froide. Le basculement idéologique a transformé l’Iran d’allié stratégique en adversaire structurel. Depuis lors, les tensions s’articulent autour de trois axes majeurs : le programme nucléaire iranien, l’influence régionale de Téhéran notamment via le Hezbollah au Liban, certaines milices en Irak et en Syrie, ainsi que les Houthis au Yémen et l’opposition stratégique à Israël.
Dans ce contexte, considérer que la disparition du Guide suprême entraînerait automatiquement une réorientation pro-américaine ou un abandon du programme nucléaire apparaît peu probable. Le programme nucléaire est perçu par les élites iraniennes comme un instrument de dissuasion et un symbole de souveraineté stratégique, en particulier face aux frappes israéliennes répétées et aux sanctions occidentales. Un successeur, même moins idéologiquement rigide, resterait contraint par cette réalité stratégique. Par ailleurs, toute transition au sommet du pouvoir pourrait générer des luttes internes entre factions conservatrices, pragmatiques et militaires. Toutefois, une radicalisation est tout aussi plausible qu’une ouverture. Dans les régimes à forte dimension idéologique, les périodes de transition peuvent conduire à un durcissement destiné à consolider l’autorité du nouveau leadership.

Enfin, l’hypothèse d’un soutien occidental à une figure issue de l’ancienne monarchie, telle que le fils du Shah, soulève une question de légitimité interne indéniable. En l’absence d’une base sociale solide à l’intérieur du pays, un tel scénario demeurerait fragile et pourrait même renforcer les dynamiques nationalistes et anti-occidentales.
Ainsi, la disparition d’une figure centrale ouvrirait indéniablement une phase d’incertitude politique. Toutefois, elle ne signifierait pas mécaniquement l’effondrement du régime. La structure du pouvoir iranien a précisément été conçue pour absorber ce type de transition, même si celle-ci pourrait accentuer les rivalités internes et redéfinir certaines priorités stratégiques du pays.
